La folle allure

25 décembre 2010

Les Trois Soeurs

Publié par lafolleallure dans Ailleurs en France, Des livres

Macha sautille dans la maison illuminée, bruyante et gaie. Irina imagine tout à coup un Noël en Russie. 

Les yeux d’Olga s’illuminent : avec de la musique !  Et des costumes, pardi ! lance Natacha, qui sort du lit. 

Assidûment, nous cherchons dans le texte ce qui conviendrait le mieux pour notre petite pièce. 

Natacha joue au piano des airs russes qui seront interludes. Olga se souvient : papy a des chapkas !  Tout prend forme dans les rires et dans l’excitation. 

Macha qui a perdu son texte crie à tue-tête « ma partition ! où est ma partition ? », Natacha ironise : « je veux bien être aussi André, mais pardon de dire que ce monsieur joue du violon! »  Olga rit aux éclats : il nous reste trois heures !  Irina convoque la troupe pour une répétition. 

Le soir même, tout la famille est là. Le son du piano s’élève. 

Macha entre en scène avec sa robe à fleur: « C’est André, notre frère, qui joue ».  Nous nous lançons à corps perdus, n’importe comment et nous racontons tout : la peur de grandir, l’amour qui nous unit et l’incendie de Moscou. 

« Oh mes soeurs chéries, notre vie n’est pas terminée. Il faut vivre ! La musique est si gaie, si joyeuse ! Un peu de temps encore et nous saurons pourquoi cette vie, ces souffrances… Si l’on savait ! Si l’on savait ! »

Anton Tchekhov, Les Trois Soeurs

Dessin de Camille

20 décembre 2010

mais que veut-il donc

Publié par lafolleallure dans L'autre voyage

Il était prêt à tout. L’idée d’une vie bien établie le hantait comme le bonheur impossible à sa nature. Que valait-il mieux, la saveur du manque, ce désir inassouvi ou l’obscénité bouffie de la satisfaction ?  

Il est parti.  

A chercher le salut dans la fuite, il a perdu pied. Sa route sur les chemins creux, c’est tout ce qu’il savait créer. Au moins pensait-il, il se recréait lui-même. Loin de tout, il a étiré ses rêves. On l’a vu rentrer les cheveux dans ses larmes. Les roses fleurissaient, le froid montait des bacs de sable souillés de mégots, les gens riaient. Il se perdait. Le long de la Seine noire, il voulait se tuer. A la nuit il criait sa haine. Sa haine d’être un navire sans boussole sa haine de vouloir plus sa haine des blessures qui ne se referment pas. 

Un matin, il trouva la douleur inutile et ne l’accepta plus. Il décida de se tirer d’affaires. Il essaya de ne plus songer à rien de tout cela. Il n’essaya plus de comprendre. Il n’y a rien à comprendre. 

16 décembre 2010

craquelures

Publié par lafolleallure dans Insaisissable

douleur du corps à force d’effort, ma peau brûlée par ce début d’hiver. ma peau… ma peau qui craque en son absence, elle laisse les promesses de bonheur s’enfuir du dedans 

et se déchire 

… et qui pourra m’entendre si j’appelle ? 

4 décembre 2010

Danse avec ta culotte

Publié par lafolleallure dans Theatre

La Ménagerie de verre, le Festival les Inaccoutumées. Lieu insoupçonné blotti dans une impasse du 12ème… Festival tout aussi insoupçonné… ce soir c’est un couple de danseurs portugais qui s’agitent sur scène dans une drôle de chorégraphie hurlée et saccadée. Ah malédiction ! La danseuse grimpe sur une table, elle est presque nue, elle est maigre, elle me fait peur, elle gueule en portugais sur son partenaire, elle ôte sa culotte, elle fait tournoyer sa culotte avec colère, elle n’a pas l’air contente du tout, on ne comprend rien à ce qu’elle dit, c’est le principe je pense, elle saute de la table, elle remet sa culotte, est-elle encore fâchée? elle range la chaise sous la table, puis elle la reprend en fait, pour s’asseoir. Pfiiiiiiiou. Je jette un œil à ma chère M qui m’a traînée là. 

Elle dort profondément.  

J’adore mes copines.  

2 décembre 2010

rien de plus

Publié par lafolleallure dans Insaisissable

son air absent avant que nos regards se croisent sa voix qui me dévore et ses bras qui me broient son murmure amusé qui nous trouve indécents et quand il me montre ce qu’il a écrit, son œil inquiet et impatient … les vapeurs de la salle de bain moi debout sur la chaise les livres tout là-haut son torse brûlant et comme il me soulève… dans mes cheveux ses mains… sa danse endiablée dans sa minuscule chambre et le croissant réchauffé  qu’il fait semblant d’aller chercher, pieds nus dans Montreuil enneigé…

le tout fondu dans la surprise d’une joie simple qui ne demande rien de plus

30 novembre 2010

Petite histoire en dix points

Publié par lafolleallure dans L'autre voyage

1.    Premières retrouvailles, dans la foule il fait nuit, il me sourit. Je m’éclipse. 

2.    Dans cette chaleur épaisse, tout doucement nous fermons les yeux sur  nos blessures ouvertes. 

3.    Il me parle au téléphone, sa voix si particulière me touche, il me dit « prenons le temps », je lui dis « d’accord » et je replie mes ailes. 

4.    Il me dit finalement « j’aimerais te voir », j’hésite et je dis « oui ». 

5.    Il met un 33 tour, je le regarde faire, le regard attiré par le recueil de Maïakovski qui traîne sur son bureau. Folle douceur tangible de l’instant.

6.    Il me dit «j’ai un nouveau visage », comme B. m’avait dit « je ne t’abandonne pas ». Confiance et peur mêlées. 

7.    Blotti dans un bain, il est comme un enfant, le monde est à l’envers et cela me rassure brièvement. 

8.    Sa main sur ma joue rose, ses murmures amusés, notre indécente complicité. De ce soir, je veux tout garder. 

9.    Je vois la peau si fine de ses bras frissonner sous la fièvre, cette nuit-là, par minuscules vagues. 

10.  J’allume l’ordinateur. Mais je reste debout à regarder dehors les variations de la lumière, son sourire sous la peau, le monde à mes côtés. 

23 novembre 2010

Renaître à l’automne

Publié par lafolleallure dans Insaisissable, L'autre voyage

Poèmes en écho, rires et balbutiements… L’enthousiasme qui renaît de la neige quand tout semblait mourir. 

22 novembre 2010

Le Rire de Résistance

Publié par lafolleallure dans Des livres

Parce qu’un éclat de rire est plus puissant qu’un éclat d’obus, ça valait vraiment le coup d’aller au lancement du deuxième Tome du Rire de Résistance, organisé par Jean-Michel Ribes au Théâtre du Rond-Point. On avait le Tome 1 : de Diogène à Charlie Hebdo. Voilà donc le Tome II : de Plaute à Reiser. C’est quoi ? « Le Rire de Résistance, l’encyclopédie de A à Z où sont rassemblés tous ceux et celles qui nous ont libérés du poids du sérieux et de l’hégémonie du raisonnement » nous dit l’officiel. La démarche, encore plus que le livre lui-même est une grande bouffée d’oxygène qui explose à la face du rire tiède de pur divertissement, du cool puant et du fun tout court. 

C’est à la fois jouissif et apaisant de retrouver tant de gens qu’on aime cités dans un même livre : de Démocrite – un des premiers à inviter à jubiler, à exulter, à jouir du pur plaisir d’exister – à Wilde, Feydeau, Twain, Vian, Desproges, Poolevorde… on apprend à rire « mieux ».

Christophe Alévêque, Patrick Robine et Ribes nous en ont lu les extraits les plus savoureux.  Mais ces braves garçons n’arrivaient pas à la cheville la jeune Marion Aubert au ton de voix acerbe, rieur et malin. Marion Aubert est auteur de pièces de théâtre, on va entendre parler d’elle je pense. 

21 novembre 2010

Amalric? Ouai, je vois qui c’est…

Publié par lafolleallure dans Theatre

Oui bon ben c’est bon. Oui, je suis allée voir Mathieu Amalric lire un texte au théâtre du Rond-Point. Oui, c’était une lecture. Non, pas vraiment une pièce, une lecture. Oui, j’étais toute seule. Ben me regarde pas comme ça, je ne vois pas ce que tu as contre les lectures. C’était sur quoi ? Sur la Shoah. Oui, évidemment que la Shoah ça m’intéresse. Je ne vois pas pourquoi tu me rappelles maintenant que je suis quand même allée voir Quantum of Solace juste parce-qu’ Amalric y faisait le méchant. Tu m’expliqueras le rapport. 

Pourquoi tu me souris comme ça ? Non, je ne suis pas amoureuse d’Amalric. Oui, je confirme, je déteste les groupies, les fanatiques, les inconditionnels, les adeptes de l’idôlatrie, les irréductibles accro d’une égérie. Non, je ne suis pas non plus « une grosse fan » d’Amalric. 

Dès qu’il fait un truc, j’y vais, c’est tout. 

C’est, disons… ultra-inconscient-compulsif. 

Il se trouve que là c’est Mireille Perrier qui lui donnait la réplique. Oui, celle de J’Entends plus la guitare de Philippe Garrel. Et de Elle a passé tant d’heures sous les sunlights. Et de… oui, ah bah tu vois, que j’avais une bonne raison d’y aller. 

Dyptique (La Chose, La Joie) de Laurent Roth lu par Mathieu Amalric et Mireille Perrier au Théâtre du Rond-Point. Formidable (évidemment). 

20 novembre 2010

Images d’ailleurs

Publié par lafolleallure dans L'autre voyage, Salles obscures

Avant ça s’appelait Images d’ailleurs. Maintenant, ça s’appelle La Clef. C’est le cinéma de Censier, un survivant militant, engagé. On peut aller y voir tous les films, les yeux fermés (c’est une image). D’ailleurs, j’y vais toujours quand je ne suis pas très réveillée, allez savoir pourquoi ? C’est que la séance du samedi matin, c’est la meilleure. Je m’y sens comme chez moi. J’aimerais ramener ma couette un jour, et mon oreiller. 

En novembre, il y a le festival Démesure organisé par Attac. Ce matin-là rendez-vous pris avec moi-même pour Solutions locales pour un désordre global de Colline Serrault – de la même, je conseille La Belle Verte, film tellement bourré de bonnes idées qu’on oublie qu’il est mauvais. Solutions locales ne perd pas de temps à nous expliquer comment on s’est embourbé dans cette crise écologique, économique et financière (on est dedans, bon ben on est dedans merci) et nous montre tous les moyens d’arrêter de consommer comme des gros porcs affamés de nouveautés. Ici on trouve même une carte des solutions. A vos paniers ! http://www.solutionslocales-lefilm.com/cartes-des-solutions 

Le grand bonheur après la séance c’est, à l’intérieur,  de pouvoir feuilleter l’Atlas des esclavages en discutant tranquillement avec des vieux, des jeunes et des enfants et de repartir les bras chargés de pommes et de poires de producteurs locaux. En plein 5ème arrondissement. 

 

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